LE VILLAGE DE GENSAC 

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18 mars 2008 

Monsieur Pierre GAILLARD, Lieutenant-Colonel, nous a quitté le 18 mars 2008 à l'âge de 95 ans. Voici en diaporama son parcours. 

Son parcours dans sa vie civile 

Monsieur Pierre GAILLARD est né le 26 octobre 1913 à Paris où ses parents étaient postiers. En 1918, ses parents sont mûtés dans le Lot et Garonne à Bon Encontre près d'Agen, le jeune Pierre à tout juste cinq ans... il fera ses études à Agen avant de partir au service militaire en Algérie.
Le Père de Pierre était originaire de Monfort dans le Gers, sa mère (du nom de jeune fille GAUTHIER) était originaire de Gensac où un de ses grands pères était tailleur dans la deuxième moitié du 19° siècle.
 

Les parents de Pierre étaient amis avec les parents de sa future femme. Ainsi, une ou deux fois par an, la famille GAILLARD venait en vacances à Gensac et le jeune Pierre tomba amoureux de Yvonne FABAROL... Militaire de carrière, Pierre ne retrouva sa fiancée que 3 ans après l'avoir quittée parce qu'il était interdit de séjour en France pendant la seconde guerre mondiale car il était dans l'armée de la libération hostile à Pétain. Son retour à Gensac entre 1942 et 1945 était impossible, il se serait fait arrêter par la police de Vichy, mettre en prison ou peut-être fusiller.
Pierre GAILLARD épouse Yvonne FABAROL en 1946... et comme il devait partir en Indochine 15 jours après, ils se marièrent à Lourdes. C'était le seul moyen de se marier rapidement. En fin de compte, il parti quelques mois plus tard, ce qui laissa un peu de temps aux jeunes mariés pour être ensemble car sa profession l'éloignait de chez lui : Pierre retrouvait Yvonne lors des permissions et les séjours en Indochine duraient 18 mois sans retour possible en France.
Pierre et Yvonne eurent un fils : Jean-Pierre qui, comme son père, fît une carrière militaire.
Ils ont commencé à vivre vraiment ensemble qu'une fois qu'il fût à la retraite en 1965.
Monsieur Pierre Gaillard nous à quitté le 18 mars 2008.
 

Son parcours dans sa vie militaire 

Texte écrit et lu par son fils Jean-Pierre lors des obsèques du Lieutenant-Colonel Pierre Gaillard.
"Selon la tradition qui veut que l'on retrace la carrière d'un officier lors de ses obsèques, je vais essayer de vous parler du militaire qu'a été mon Père.
En 1934, il découvre l'armée et l'Algérie lors de son service militaire au 2° Zouaves à Oran. L'année suivante, alors qu'il était destiné à la fonction publique comme ses parents, il s'engage comme sergent dans ce régiment.
En 1940, il est toujours en Algérie au 2° Régiment de Tirailleurs algériens lorsqu'il apprend que l'Armée française a cessé de se battre. Il en pleurera de rage, me dira t'il plus tard.
 Il sert ensuite au 5° régiment de tirailleurs marocains. Avec ce régiment, il participe à la campagne de Tunisie, débarque à Naples, puis en Provence. Il se bat ensuite dans les Alpes et dans les Vosges. Il termine la guerre en occupation en Bavière.
Il effectuera ensuite 2 séjours en Indochine. Le premier comme lieutenant de légion au 3° Régiment étranger d'infanterie, le deuxième comme Capitaine parachutiste au 14° Régiment d'Infanterie parachutiste de choc.
Il effectuera enfin plusieurs séjours en Algérie avec le 14° Régiment de chasseurs parachutistes de Toulouse, avec le 28° Bataillon de Chasseurs alpins et dans plusieurs Etats-Majors.
 

Il aura été un officier chanceux. 

Le fait qu'il ait la Légion d'Honneur et 6 citations, prouve qu'il s'est battu et bien battu ! Pourtant, il n'a jamais été blessé par balle. Ses seules blessures ont été des "pieds gelés" et une cheville cassée en sautant en parachute. Voici un exemple de sa Baraca, comme il disait : en 1944, dans les Vosges, avec sa section, il s'est égaré dans le brouillard. Découragé, il fait arrêter sa section et poster ses Tirailleurs. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il a été repéré par les Allemands alors qu'il défilait devant leurs positions. Ces derniers n'ont pas ouvert le feu et même , croyant à la préparation d'une attaque d'envergure, se rendent. Et le Lieutenant Pierre Gaillard de l'époque, qui une heure auparavant avait le moral au plus bas, en faisant prisonnière, avec sa section, une compagnie entière Allemande, devient un héros malgré lui. Et mon père, par cette brillante... mais involontaire action a obtenu une citation... et une grande estime de ses chefs. 

Je n'ai jamais entendu mon père, ce "capitaine silencieux" comme l'avait surnommé un journaliste de la DEPECHE qui faisait un article sur le 14° Régiment de chasseurs parachutistes en Algérie, critiquer ses chefs, ses camarades, ses subordonnés et même ceux qu'il a combattus. Ainsi, avec ce bel état d'esprit, à la fin de sa vie, il se reprochait encore de n'avoir pas donné à boire à un capitaine de l'AFRIKAKORPS qu'il avait fait prisonnier et de n'avoir pas secouru un sous-officier allemand blessé qu'il avait laissé au bord d'une piste. 

Il terminera sa carrière, en juin 1965, comme LIEUTENANT-COLONEL et chef de corps du Groupement des Services d'Instruction Spécialisée à Montauban ! Très croyant, il allait lors de chacune de ses permissions, prier la Sainte Vierge à Notre Dame de Bon Encontre où sa famille à séjourné. Il est parti comme il a toujours vécu, dans la discrétion et la sérénité ! " 

Mon Père avait une grande rigueur morale. 

11 novembre 2010 

Rassemblement autour du monument aux morts et remise du diplôme d'honneur aux combattants de l'Armée Française 1939-1945 à Monsieur MEILLON Noël : retrouvez en photos les moments forts de la cérémonie. 

 

 

Incorporé au 121e régiment d'infanterie à Montluçon, puis prisonnier, Monsieur MEILLON tente de s'évader... Voici le récit: 

 

Monsieur Meillon,

De la classe 1935, vous avez été incorporé au 121e régiment dʼinfanterie à Montluçon du 01/10/36 au 15/10/38. Vous êtes libéré, avec quinze jours de retard, au moment des accords de Munich.

" Lʼhiver 1938/1939 vous le passez à Gensac. Le 22 mars 1939 vous êtes mobilisé pendant 21 jours qui malheureusement se prolongeront. Retour en garnison, vous êtes considéré comme «disponible». On vous envoie dans les Pyrénées Orientales pour garder des réfugiés Espagnols qui fuient le régime de Franco. Vous passez le printemps et lʼété 1939 entre mer et montagne : ce fut un bon moment !

" Hélas, début octobre, retour à Montluçon. La caserne est vide. Depuis les premiers jours de mobilisation, vos camarades sont déjà partis entre le Rhin et la Moselle.
Dans la foulée, on vous embarque dans des wagons à bestiaux... (en long, 8 chevaux, 40 hommes). Deux jours de trajet, vous arrivez en pleine nuit, sous la neige à Dannemarie. Du soleil de Port-Vendres à la neige des bords du Rhin, le contraste est saisissant. Lʼhiver et le printemps se passent sans histoire.

" Mais au début du mois de mai, ce fut le déclenchement du grand baroud avec duel dʼartillerie, tir dʼarmes automatiques et de mortier, votre arme. Après lʼoccupation de Paris, une colonne blindée surgit sur vos arrières pour vous couper de la frontière Suisse. Après être resté quelques temps dans les casemates à tirer quelques rafales de temps en temps, vous recevez lʼordre de repli jusquʼaux Vosges si possible. Après une journée de marche, au détour dʼun chemin, près du petit village de Valdieu, des Allemands en motocyclettes ne tardent pas à apparaître et à vous désarmer.

Alors commence la marche de la captivité. On vous conduit dans les environs dʼAltkircht, on vous parque pour la nuit dans un pré, sous une pluie battante, menacé par une mitrailleuse à chaque coin.
" Le lendemain, étape à Mulhouse dans une usine désaffectée : vous étiez de 8 à 10.000 entassés, couchés à même le sol avec un peu de nourriture infecte et ce du 16 juin au 19 juillet ! Au matin du 19 juillet, après la visite la veille des SS, vous pensiez être libérés. Hélas non ! Au contraire un régiment dʼinfanterie autrichien vous prend en charge, en route vers Colmar, puis direction lʼAllemagne. Vous étiez par détachements de 3000 en colonne par quatre, avec une sentinelle tous les dix mètres.

" Dès lors, vous nʼaviez plus quʼune idée en tête... Il fallait tenter lʼaventure avant la traversée du Rhin. A la première occasion, essayer de fuir par nʼimporte quel moyen. Ce ne fut pas long, à la première halte en pleine forêt de le Harth, la garde des réservistes Autrichiens nʼétant pas trop sévère, plusieurs dʼentre vous en profitèrent pour sʼéloigner en bordure pour cueillir du muguet, et comme les gardes continuaient à vous tourner le dos, dʼarbre en arbre, vous avez réussi à vous faufiler et à disparaître de leur vue. Mais quelques mètres plus loin se trouvait une voie ferrée où les allemands travaillaient toute la journée. Il a fallu se cacher avec des branchages, dans un trou dʼobus, de onze heures du matin à la nuit... ce fut une longue journée ! Le soir venu, il a fallu prendre la décision de se mettre en route dans lʼobscurité, en traversant les champs, les routes, les clôtures de jardin. Finalement, vous vous retrouvez au bord du canal Rhin/Rhône, juste devant une passerelle qui malheureusement était dynamitée. Sans savoir nager, nʼécoutant que votre courage vous sautez de poutrelle en poutrelle pour atteindre lʼautre rive. Vous veniez de franchir lʼautre berge, que déjà des bruits vous alertent quʼune patrouille était là sur le chemin de halage. Le temps de vous cacher, vous lʼavez échappée belle.....

" Vous reprenez votre marche nocturne, la priorité maintenant est de trouver des vêtements civils pour vous débarrasser de la tenue militaire. Vous parvenez aux abords de Mulhouse, vous frappez à la porte dʼune maison où vous vîtes un filet de lumière. Sans succès, vous frappez à plusieurs portes ou volets que les habitants vous «claquent au nez». Sans vous décourager, vous continuez et vous trouver enfin une porte qui accepte de sʼouvrir. Dans la pénombre vous distinguez la silhouette dʼune femme qui sʼavance, se

jette sur vous et vous embrasse. Déconcertée, elle croyait revoir son fils qui était à Dunkerque et dont elle était sans nouvelles.
" Le moment de surprise passé, vous leur racontez votre situation. Très hospitaliers, ils vous font manger (vous étiez affamé), vous hébergent pour la nuit, vous réalisez que vous aviez perdu lʼhabitude de dormir dans un lit.

" Le lendemain, vous partez avec des vêtements civils, pas taillés sur mesure mais enfin ; Vous continuez votre périple en direction du Sud, en suivant à distance le canal et en évitant les routes parce que vous saviez quʼil vous conduirait directement à Besançon.
" Le jour suivant, sous un déluge, vous devez passer la journée entière caché dans un bois, trempé comme un canard. Les Allemands étaient partout. Le soir venu, cʼest dans une grange que vous trouvez refuge, en évitant dʼattirer lʼattention des habitants. Au petit matin, départ en catimini avec des effets à moitié secs dans un épais brouillard. Arrivé au viaduc de Dannemarie, vous vous engagez, mais il est gardé, et cʼest la pointe de la baïonnette dʼun fusil Allemand qui vous oblige à faire demi-tour. Conduit au poste (Field- Gendarmerie), le chef de poste parlait un peu français, il était aussi compréhensif car vous nʼaviez plus de papiers. Vous lui dîtes que vous devez prendre le train à Belfort, il vous laisse partir... Ouf ! vous poussez un soupir de soulagement.

" Avec le peu dʼargent quʼil vous reste vous achetez un vieux vélo, vous traversez Besançon, Dôle, et vous arrivez ensuite à la ligne de démarcation qui nʼétait autre que la rivière la Loue. La rivière était bien large et les ponts fermement gardés. Les agriculteurs qui possédaient des terres de lʼautre côté devaient, chaque fois, demander un laisser- passer (Aussweiss) à la Kommandatur. A plusieurs reprises, vous essayez de vous faufiler, mais chaque fois vous êtes refoulé. Mieux valait ne pas trop insister, cʼétait très dangereux. A quatorze heures, vous vous présentez à la Kommandatur, là, un grand diable de sergent vous reçoit. Il vous toise, vu votre accoutrement, la musette en bandoulière, il nʼest pas dupe. Il vous questionne, votre accent vous trahit, il nʼest pas vraiment convaincu par votre récit. Mais il vous tend le fameux « aussweiss» en vous lançant :

- «foutez le camp !, que lʼon ne vous revoie plus en zone occupée».
- Merci sergent.
Dans un garde-à-vous impeccable vous tournez les talons, avec la ferme intention de lui dire adieu. A votre grand soulagement, le plus dur était fait. Vous vous retrouvez à Lons- le-Saunier, dans un centre dʼaccueil. De là, retour au pays, vous arrivez à la gare de Castelsarrasin. Le chemin de Castelsarrasin à Gensac, fait à pied, ne vous a pas paru long.

Ainsi se termine lʼévasion dʼun soldat français, qui très chanceux à pu échapper à un destin tragique, car bon nombre de ses camarades ne sont jamais revenus.

Souhaitons que lʼhumanité ne connaisse plus jamais de pareilles affres, bien quʼil y ait hélas toutes les raisons de craindre que nous en sommes encore loin.

Henri Souliès